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dimanche 17 septembre 2017


Bakhita


Véronique Olmi
Ed Albin Michel 

 Une petite fille, une petite africaine qui aurait pu être heureuse dans son village, entourée de ceux qu’elle aime, seulement voilà, la vie en a décidé autrement, mais la vie est parfois d’une cruauté sans borne et espérer être heureux au Soudan en 1865, c’était compter sans ces négriers cupides qui faisaient commerce de leurs frères humains. 

Bakhita est né dans ce Soudan où l’on prostitue les filles, où on les vend comme esclaves, où on pratique à grande échelle, la castration des garçons, ou l’on sépare les familles,...

Bakhita, à qui on a volé l’identité ( elle ne se souviendra plus de son vrai nom), à qui on a volé la joie de vivre, à qui on a interdit de penser, d’espérer, bakhita, traitée plus bas qu’un chien comme tous ces gens expédiés en caravanes vers d’autres souffrances. 

Certaines scène de cette première partie sont vraiment insoutenables, et resteront gravées à jamais dans ma mémoire, toutefois très attachée à cette jeune fille,  j’ai cheminé, dans la deuxième moitié du récit avec  celle  qui grandit, fait des rencontres, s’attache aux enfants, et passe d’esclave à servante dévouée à son entourage, à un Dieu qu’on lui enseigne, même si, et cela se conçoit, elle restera marquée et sera assaillie par des rêves et des visions de cauchemar, paralysée parfois par ses anciennes terreurs qui se manifesteront souvent, perturbée jusqu’à sa mort par les souffrance endurées dans son enfance.

On remarquera que Bakhita, qui n’a pas été éduquée, si ce n’est à force de coups de fouets, a perdu la mémoire de son enfance,  n’a pas reçu d’instruction, ne saura jamais lire et aura bien des difficultés à maîtriser une langue. il semble d’ailleurs que son langage soit fait d’emprunts à plusieurs langues qu’elle a dû pratiquer durant son parcours.

On notera également que quelques années après son installation en Italie,  Bakhita informe une religieuse de sa situation  d ‘esclave, et la religieuse lui répond qu’elle sait, sans autre commentaire. J’en déduis donc que dans un pays où à cette époque, on a déjà proclamé l’abolition de l’esclavage, on continue à considérer  les gens enlevés par des négriers comme esclaves et que leur affranchissement doit faire l’objet d’un procès. La bonne société serait donc restée longtemps complice de ces pratiques… ?

Le récit est merveilleusement bien écrit, je crois avoir affirmé dans un commentaire de citation que cette écriture souvent très poétique, m’a permis de supporter ces quelques scènes difficiles à lire, même si le style  se relâche un peu dans la deuxième partie .


Je laisse donc à mes amis lecteurs la possibilité de lire cette pépite de la rentrée littéraire, de cheminer à leur tour avec une femme qui termine sa vie comme elle le mérite mille fois puisqu’étant devenue croyante et pieuse, et qu’aujourd’hui encore, elle existe par les témoignages que l’on a conservés.

lundi 28 août 2017


Appelez la sage-femme


Jennifer Worth
Ed Albin Michel, Livre de poche



J’ai toujours ressenti beaucoup d’admiration pour les personnes capables de  faire don de leur propre personne pour se mettre au service des autres, sans juger, sans se plaindre ou qui ont dû lutter pour parvenir à leur but.Certaines sont devenues très célèbres comme Sœur Emmanuelle, L’abbé Pierre, Marie Curie, Dolores Ibarruri, d’autres sont un peu moins connues comme Jennifer Worth auteur de ce livre, et je tiens à mentionner les personnes qui autour d’elle ont œuvré silencieusement et ont accompli un travail impressionnant, renonçant au confort, à la richesse pour certaines, et qui n’ont jamais quitté les quartiers pauvres de Londres où elles se sont mises au service de leurs pairs en détresse. Il s’agit des sœurs de St Nonnatus, installées dans l’east end à Londres au milieu des Cockneys qui sont des londoniens issus des classes ouvrières, résidant dans les environs de l’église St Mary-le-Bow.

Jennifer Worth introduit habilement le lecteur dans ces quartiers au contact de personnages au tempérament forgés pour les besoins de ce milieu rude, des religieuses menant des visites prénatales (qui n’étaient pas obligatoire à l’époque), soignant ici et là des personnes coopérantes ou non, des hommes de main indispensables dans ce milieu féminin qu’est un couvent, une cuisinière qui chouchoute ses ouailles, un prêtre qui a passé une partie de sa vie à secourir les prostituées.

La lecture de ce récit me fut bien agréable parce qu’aucune monotonie ne s’invite durant la lecture : des scènes émouvantes alternent avec des instants heureux voire comique, des récits de vie des personnages qui n’ont pas été épargnés, querelles entres religieuses souvent comiques, des religieuses qui elle-même possèdent chacune leur style, cette histoire m'a paru bien relevée et épicée.

Certains passages sont captivants : les religieuses sont très compétentes en obstétrique elles le montrent lors d’accouchements à risque au cours desquels le médecin très confiant laisse à la sœur de service, toute liberté d’action et de décision, elles assurent des suivis de grossesse et montrent une grande expérience.

Ce livre décrit également la capitale anglaise d’ après-guerre ou les lois sociales ne sont pas encore établies, où la pauvreté n’est pas gérées et où les laissés-pour-compte n’ont aucune défense, où on peut décider de prendre un bébé à une jeune accouchée de moins de 17 ans, où on sépare les familles pauvres qui affluent dans les « workhouses » où les victimes de la pauvreté sont traitées très durement.

J'ai une pensée particulière pour ces 25 enfants arrivés dans une famille aimante et sachant subvenir à leurs besoins contre vents et marées.


C’est dans ce contexte que Jennifer Worth nous raconte sa vie mouvementée et passionnante, simplement, sans fioriture. Un récit vrai et émouvant.

samedi 26 août 2017

Faites la paix avec votre assiette


Catherine Malpas
Ed de la martinière

Très tendance, le régime IG ou indice glycémique. Aussi, Catherine Malpas nous expose-t-elle les dangers du sucre, principalement le glucose largement présent dans nos assiettes. 

J’ai pu lire plusieurs ouvrages sur cette question, et faites la paix avec votre assiette me semble intéressant  car elle parle d’index glycémique, soit la quantité de glucides présente dans une aliment notion de base à connaître pour éviter les pics de glycémie mauvais pour la santé, mais aussi de charge glycémique, ou quantité réelle de glucides présents dans une portion d’un aliment donné. Pour cette raison, on peut donc affirmer que ce n’est pas parce qu’un aliment possède un index glycémique moyen ou élevé qu’il faut le bannir, tout est question de quantité. 

L’auteure explique par ailleurs, clairement pourquoi il faut éviter les sucres et met en garde les lecteurs par rapport à certains régimes qui font effectivement maigrir, mais qui n'empêchent pas de reprendre du poids. 
Le régime indice glycémique semble plus permissif que les régimes hypocaloriques (la notion de calorie étant devenue obsolète), car il autorise beaucoup d'aliments variés. Peut être faut-il par la suite limiter les sucres non indispensables.

En tant que naturopathe, elle ne se contente pas d’exposer cette théorie, mais elle rappelle également de grands principes de base pour un maintien en bonne santé : drainage des toxines, équilibre acido-basique, microbiote intestinal, sport, dépense énergétique, zénitude, travail sur soi…


Un livre intéressant que je recommande tout en conseillant des ouvrages complémentaires tels que La bible IG ou le nouveau régime IG.                     

lundi 21 août 2017

Une histoire des abeilles


Maja Lunde
Ed les Presses de la cité


Ce roman, fiction, sans en être une parce que très bien documenté devrait être mis entre toutes les mains, et particulièrement entre les mains de quelques responsables censés garantir la pérennité de notre planète bleue.

Maja Lunde écrit l’histoire des abeilles depuis 1851, date qui n’est pas mentionnée au hasard, puisque cette date se situe vingt ans après la mort de François Hubert, naturaliste suisse qui par ses travaux, apporta une somme non négligeable de connaissances au sujet de cet insecte sans lequel nous ne pourrions vivre. L’auteure du roman le mentionne au cours de l’histoire à travers un livre dont le titre n’existe pas mais qui relate ses découvertes et observations sur l’apiculture.

Trois périodes donc sont mentionnées dans le roman : 
la première correspond donc  à un accès à la connaissance sur les abeilles, la deuxième se situent en 2007, date mentionnée dans la réalité par les spécialistes,  à laquelle les apiculteurs du monde entier ou presque, sont éprouvés par de bien curieux phénomènes de disparition des abeilles, la troisième, en 2 098, est d’ordre dystopique et post-apocalyptique avec un pays de référence : la Chine : plus aucune abeille sur terre, les hommes sont employés en masse à polliniser les fleurs, la nourriture est réduite et … je vous laisserai découvrir combien les abeilles sont indispensables à notre vie sur Terre et méritent plus que notre respect.

Ce livre m’a vraiment poussée à aller me documenter sur la question et c’est pour cette raison que j’ai qualifié ce roman de fiction sans en être une car l’histoire repose sur des faits réels et les événements qui y sont relatés sont non seulement possibles mais probables dans la troisième période (si on enlève l’emploi des masses en tant qu’ouvriers pollinateurs).

S’il revêt par moment des aspects bien noirs et tristes,  la fin m’a semblé plutôt réconfortante en signalant combien la nature est capable de reprendre ses droits, grâce à un message d’espoir permettant de refermer le livre sur une note un peu plus gaie.

Un roman très vite lu et léger, en aucun cas difficile à ingérer mais efficace en ce qui concerne la connaissance à acquérir sur les abeilles. Si parfois j’ai ressenti quelques longueurs, c’est parce que, probablement dans un souci de rendre son ouvrage parfaitement assimilable, Maja Lunde y mêle des histoires familiales, et je me suis demandé dans le premier tiers, voire un peu plus, si le sujet qui nous préoccupait allait prendre sa place dans le roman. 

Et je peux affirmer que Maja Lunde a opéré en magicienne, en introduisant par la coupure entre les différentes époques, un certain suspense, puis en confiant au lecteur,  dans le dernier tiers, certaines révélations qui laisseront le lecteur admiratif quand à l’organisation du récit.


Je remercie Babélio et les éditions Presses de la cité pour ce partenariat.

jeudi 17 août 2017

L'enfant rien


Nathalie Hug
Ed France loisir, livre de poche

Qu’est ce qui est pire à vivre que l’indifférence d’autrui, surtout quand cet "autrui" pourrait avoir des liens avec vous s'il le désirait ? A plus forte raison quand on est un enfant d’une dizaine d’années ? et comment se manifeste ce mal être ? Par une éternelle quête, par un comportement adapté à la situation, par exemple, se faire remarquer par le négatif, ce qu’en analyse transactionnelle, on appellera le stroke négatif… c’est exactement la situation de cet « enfant rien » qui faute de père, essaie en vain de créer un lien avec le père de sa demi-sœur, de questionner sa maman, qui, peut être en raison de son propre vécu, ne semble pas vouloir communiquer avec lui à ce sujet…Adrien est transparent, Adrien cherche sa place, Adrien essaie d’exister.
Nathalie Hug, dans ce court roman, expose subtilement l’évolution de cet enfant rien et parvient à merveille à se mettre dans sa tête pour  lui prêter des pensées tout à fait logiques et des réactions normales, à tel point que je suis allée voir si cette histoire avait pas une relation avec un vécu de l’auteur ou si elle avait eu à s’occuper d’enfants en difficulté.

La fin est vraiment très surprenante, à tel point que j’ai lu une première fois le dernier paragraphe, puis j’ai ouvert à nouveau le livre pour le relire une deuxième, une troisième fois…


Un roman touchant racontant la vie d’un petit garçon malade auquel on ne peut que s’attacher.

mercredi 16 août 2017

La servante écarlate


Margaret Atwood
Ed Robert Lafont


Effroyable dystopie que ce roman dont la narratrice, par bribes,  nous raconte ses souvenirs et la façon dont elle est amenée à vivre l’instant présent, et à lâcher prise, tout en amenant le lecteur à considérer que sa dernière liberté réside dans sa tête ! mais comment lâcher prise quand on a perdu tous les siens, qu’on a tenté de vous administrer un bon lavage de cerveau (Merci les tantes ! ) qu’on ne peut se fier à quiconque sans avoir peur de la délation, de la vengeance, de la jalousie encouragée par ce régime totalitaire prompt à déporter et à exécuter, sur une terre devenue impropre où la majorité de la population est devenue inféconde et ou on impose à des femmes de devenir des mère porteuses, que dis-je, pas des mères, des porteuse simplement dont la progéniture est destinée aux couples sans enfants.  

J’ai passé mon temps durant cette lecture, à imaginer ce que je ressentirais à la place de la narratrice, sans trop me poser de questions puisqu'elle-même traduit très bien les pensées de toute personne humaine capable de ressenti et de sentiment. 

La narration est parfois confuse, certaines phrases m’ont semblé difficiles à interpréter, peut-être pour un problème de traduction auxquels s'ajoutent les retours vers l’origine du désastre qui plonge l’Amérique dans un cauchemar digne de Georges Orwell ainsi que le récit dans le présent qui peuvent, surtout au début, mettre mal à l’aise le lecteur. Mais ce récit devient malgré tout très lisible avec l’évolution de la narration.


Ce type de récit marque, fait peur et donne à réfléchir car on y retrouve bien des éléments qui rappellent des régimes totalitaires qui connurent leur heure de gloire dans l’histoire de l’humanité. 

lundi 7 août 2017


L'apothicaire


Henri Loevenbruck
ed Flammarion, livre de poche



    Où l’on fait connaissance d’un personnage érudit, athée, original, attachant  et qui semble bien avoir plus d’un tour dans son sac ! Andréas St Loup, apothicaire de son état, se retrouve malgré lui, au centre d’une grosse machination, écartelé entre les frères Marigny (le chambellan et ministre de Philippe IV le Bel et l' évêque de Sens, Guillaume de Nogaret, le conseiller du roi, et Guillaume Humbert, l’inquisiteur général du royaume de France, bien tristement célèbre. 

Avec son apprenti, Robin, et Magdala, dite « la Ponante », prostituée au grand cœur, ils formeront une équipe de choc pour fuir vers le sud, sauver leur peau et résoudre une énigme bien mystérieuse : retrouver les traces d’un personnage qui a disparu des mémoires et ce,  malgré l’ordonnance du roi invitant tout le royaume à mettre fin à leurs déambulations.

Andréas et son  équipée sont donc poursuivis, et en tant que lectrice, j’aime particulièrement les personnages en fuite qui sont à l’origine de récits en général très intéressants et plein de suspens. 

Dans ce roman, Andréas est doublement poursuivi : il tente constamment de distancer l’inquisiteur, mais il se retrouve également poursuivi par deux mystérieux chevaliers, style chevaliers de l’apocalypse,  dont on percera le mystère dans une bonne deuxième moitié de l’histoire.

A la même époque, Aalis, fille de drapier de Bézier, après quelques « ennuis » avec sa famille et le prévot de Bézier décide de fuir cette ville pour se rendre à Bayonne, bien que cela ne soit pas aisé lorsqu’on se sait poursuivi par les autorités et que le gibet vous attend en cas d’échec.

L’histoire, rapporté par quelque narrateur qui met le lecteur dans la confidence, est fort plaisante à lire : passé la surprise des premières pages et une fois attaché au personnage d’Andréas, les tournures de phrases d’un intellectuel qui aime à manier le verbe, de préférence dans un style rappelant l’époque médiévale n’importuneront aucunement le lecteur, bien au contraire ! On y jouit du contraste provoqué par les différents registres de langue employés par chacun : Magdala et son langage des rues qui tranche avec le discours d’Andréas, ce même discours d’autant plus épicé que le pauvre robin a encore tout à apprendre, de l’apothicaire comme de la prostituée.

Le roman m’a apporté une nouvelle somme de connaissances sur cette passionnante société médiévale dont je connais quelques aspects mais au sujet de laquelle il y a toujours à apprendre.
Découvrir que l’homme était alors en perpétuelle recherche de progrès, même si les croyances de cette société avaient la vie dure et qu’un Andréas St Loup risquait fort de passer rapidement pour hérétique en critiquant, voire en rejetant certaines idées bien ancrées comme s’opposer déjà à cette époque, aux saignées, parler d’hypothétiques organismes invisibles parce que minuscules, à l’origine de bien des maladies, avancer que les lentilles permettraient un jour bien des progrès… St loup met bien en évidence tout ce savoir que l’on ne possède pas encore en 1300.  

On apprend encore bien des pratiques et des techniques à la lecture de ce récit : le travail des drapiers, la construction des murs, la fabrication de la dynamite, les astuces des templiers pour ouvrir des passages secrets dans les commanderies, les mœurs des loups, les effets des plantes… ma liste n’est pas exhaustive et cet apport de connaissance fait une grande partie de l’intérêt de ce roman, même si là n’est pas ce qui fait battre le cœur de ce pavé, non, ce qui fait de ce livre un refuge pour le lecteur, c’est sans aucun doute un suspens parfois intenable qui vous transforme en grosse paresseuse qui ne pense qu’à lire parce qu’on a envie de savoir, c’est le deuxième livre d’Henri Loevenbruck  que je dévore, le premier m’avait fait exactement le même effet, ce genre de livre qui vous habite jour et nuit tant que vous n’êtes pas arrivé à la fin et qui continue à vous hanter ensuite pour laisser très longtemps un souvenir impérissable.


Si vous aimez l’histoire, particulièrement le moyen-âge tardif, si vous raffolez le suspense à outrance,  si vous appréciez  un soupçon d’ésotérisme, ce livre est pour vous !!!! j’ai beaucoup aimé tous les romans que j’ai lu depuis le début de l’été, mais celui-ci détient la palme des coups de cœur pour l’année.