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jeudi 17 août 2017

L'enfant rien


Nathalie Hug
Ed France loisir, livre de poche

Qu’est ce qui est pire à vivre que l’indifférence d’autrui, surtout quand cet "autrui" pourrait avoir des liens avec vous s'il le désirait ? A plus forte raison quand on est un enfant d’une dizaine d’années ? et comment se manifeste ce mal être ? Par une éternelle quête, par un comportement adapté à la situation, par exemple, se faire remarquer par le négatif, ce qu’en analyse transactionnelle, on appellera le stroke négatif… c’est exactement la situation de cet « enfant rien » qui faute de père, essaie en vain de créer un lien avec le père de sa demi-sœur, de questionner sa maman, qui, peut être en raison de son propre vécu, ne semble pas vouloir communiquer avec lui à ce sujet…Adrien est transparent, Adrien cherche sa place, Adrien essaie d’exister.
Nathalie Hug, dans ce court roman, expose subtilement l’évolution de cet enfant rien et parvient à merveille à se mettre dans sa tête pour  lui prêter des pensées tout à fait logiques et des réactions normales, à tel point que je suis allée voir si cette histoire avait pas une relation avec un vécu de l’auteur ou si elle avait eu à s’occuper d’enfants en difficulté.

La fin est vraiment très surprenante, à tel point que j’ai lu une première fois le dernier paragraphe, puis j’ai ouvert à nouveau le livre pour le relire une deuxième, une troisième fois…


Un roman touchant racontant la vie d’un petit garçon malade auquel on ne peut que s’attacher.

mercredi 16 août 2017

La servante écarlate


Margaret Atwood
Ed Robert Lafont


Effroyable dystopie que ce roman dont la narratrice, par bribes,  nous raconte ses souvenirs et la façon dont elle est amenée à vivre l’instant présent, et à lâcher prise, tout en amenant le lecteur à considérer que sa dernière liberté réside dans sa tête ! mais comment lâcher prise quand on a perdu tous les siens, qu’on a tenté de vous administrer un bon lavage de cerveau (Merci les tantes ! ) qu’on ne peut se fier à quiconque sans avoir peur de la délation, de la vengeance, de la jalousie encouragée par ce régime totalitaire prompt à déporter et à exécuter, sur une terre devenue impropre où la majorité de la population est devenue inféconde et ou on impose à des femmes de devenir des mère porteuses, que dis-je, pas des mères, des porteuse simplement dont la progéniture est destinée aux couples sans enfants.  

J’ai passé mon temps durant cette lecture, à imaginer ce que je ressentirais à la place de la narratrice, sans trop me poser de questions puisqu'elle-même traduit très bien les pensées de toute personne humaine capable de ressenti et de sentiment. 

La narration est parfois confuse, certaines phrases m’ont semblé difficiles à interpréter, peut-être pour un problème de traduction auxquels s'ajoutent les retours vers l’origine du désastre qui plonge l’Amérique dans un cauchemar digne de Georges Orwell ainsi que le récit dans le présent qui peuvent, surtout au début, mettre mal à l’aise le lecteur. Mais ce récit devient malgré tout très lisible avec l’évolution de la narration.


Ce type de récit marque, fait peur et donne à réfléchir car on y retrouve bien des éléments qui rappellent des régimes totalitaires qui connurent leur heure de gloire dans l’histoire de l’humanité. 

lundi 7 août 2017


L'apothicaire


Henri Loevenbruck
ed Flammarion, livre de poche



    Où l’on fait connaissance d’un personnage érudit, athée, original, attachant  et qui semble bien avoir plus d’un tour dans son sac ! Andréas St Loup, apothicaire de son état, se retrouve malgré lui, au centre d’une grosse machination, écartelé entre les frères Marigny (le chambellan et ministre de Philippe IV le Bel et l' évêque de Sens, Guillaume de Nogaret, le conseiller du roi, et Guillaume Humbert, l’inquisiteur général du royaume de France, bien tristement célèbre. 

Avec son apprenti, Robin, et Magdala, dite « la Ponante », prostituée au grand cœur, ils formeront une équipe de choc pour fuir vers le sud, sauver leur peau et résoudre une énigme bien mystérieuse : retrouver les traces d’un personnage qui a disparu des mémoires et ce,  malgré l’ordonnance du roi invitant tout le royaume à mettre fin à leurs déambulations.

Andréas et son  équipée sont donc poursuivis, et en tant que lectrice, j’aime particulièrement les personnages en fuite qui sont à l’origine de récits en général très intéressants et plein de suspens. 

Dans ce roman, Andréas est doublement poursuivi : il tente constamment de distancer l’inquisiteur, mais il se retrouve également poursuivi par deux mystérieux chevaliers, style chevaliers de l’apocalypse,  dont on percera le mystère dans une bonne deuxième moitié de l’histoire.

A la même époque, Aalis, fille de drapier de Bézier, après quelques « ennuis » avec sa famille et le prévot de Bézier décide de fuir cette ville pour se rendre à Bayonne, bien que cela ne soit pas aisé lorsqu’on se sait poursuivi par les autorités et que le gibet vous attend en cas d’échec.

L’histoire, rapporté par quelque narrateur qui met le lecteur dans la confidence, est fort plaisante à lire : passé la surprise des premières pages et une fois attaché au personnage d’Andréas, les tournures de phrases d’un intellectuel qui aime à manier le verbe, de préférence dans un style rappelant l’époque médiévale n’importuneront aucunement le lecteur, bien au contraire ! On y jouit du contraste provoqué par les différents registres de langue employés par chacun : Magdala et son langage des rues qui tranche avec le discours d’Andréas, ce même discours d’autant plus épicé que le pauvre robin a encore tout à apprendre, de l’apothicaire comme de la prostituée.

Le roman m’a apporté une nouvelle somme de connaissances sur cette passionnante société médiévale dont je connais quelques aspects mais au sujet de laquelle il y a toujours à apprendre.
Découvrir que l’homme était alors en perpétuelle recherche de progrès, même si les croyances de cette société avaient la vie dure et qu’un Andréas St Loup risquait fort de passer rapidement pour hérétique en critiquant, voire en rejetant certaines idées bien ancrées comme s’opposer déjà à cette époque, aux saignées, parler d’hypothétiques organismes invisibles parce que minuscules, à l’origine de bien des maladies, avancer que les lentilles permettraient un jour bien des progrès… St loup met bien en évidence tout ce savoir que l’on ne possède pas encore en 1300.  

On apprend encore bien des pratiques et des techniques à la lecture de ce récit : le travail des drapiers, la construction des murs, la fabrication de la dynamite, les astuces des templiers pour ouvrir des passages secrets dans les commanderies, les mœurs des loups, les effets des plantes… ma liste n’est pas exhaustive et cet apport de connaissance fait une grande partie de l’intérêt de ce roman, même si là n’est pas ce qui fait battre le cœur de ce pavé, non, ce qui fait de ce livre un refuge pour le lecteur, c’est sans aucun doute un suspens parfois intenable qui vous transforme en grosse paresseuse qui ne pense qu’à lire parce qu’on a envie de savoir, c’est le deuxième livre d’Henri Loevenbruck  que je dévore, le premier m’avait fait exactement le même effet, ce genre de livre qui vous habite jour et nuit tant que vous n’êtes pas arrivé à la fin et qui continue à vous hanter ensuite pour laisser très longtemps un souvenir impérissable.


Si vous aimez l’histoire, particulièrement le moyen-âge tardif, si vous raffolez le suspense à outrance,  si vous appréciez  un soupçon d’ésotérisme, ce livre est pour vous !!!! j’ai beaucoup aimé tous les romans que j’ai lu depuis le début de l’été, mais celui-ci détient la palme des coups de cœur pour l’année.  

mercredi 2 août 2017


Une dernière danse


Victoria Hislop
ed les Escales, livre de poche.


Ce nouveau coup de cœur m’a amenée à veiller jusqu’à 1 heure du matin pour le terminer. Ecrit selon une trame identique à l’île des oubliés, on y fait connaissance de deux jeunes anglaises : Sonia et Maggie qui arrivent à Grenade pour y prendre des leçons de danse. Sonia fait connaissance de Miguel,  propriétaire du café « el Barril » qui va lui raconter l’histoire de la famille Ramirez qui tenait ce bar durant la guerre civile.

La première partie, axée essentiellement sur la danse, peut plaire ou pas, toutefois on ne  peut qu’ admirer l’ écriture  de Victoria Hislop qui décrit des danses telles que la salsa ou le flamenco et quelques-unes de ses formes  (bulería, Alegría, solea) avec beaucoup de détails, de telle sorte qu’on a l’impression de vivre la danse. 
J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié l’ambiance très « espagnole » de ce récit parsemé de petits mots qui parfois ne peuvent pas être traduit sans trahir l’ambiance de ce pays.

La deuxième partie amène le lecteur à Grenade en 1931. Les Ramirez forment une famille unie, avec le père, la mère et leurs quatre enfants ayant chacun une personnalité bien marquée : Antonio, l’enseignant, défenseur des ouvriers critiquant la politique de la seconde République, Ignacio, l’aficionado macho qui voue sa vie aux arènes et à la corrida, Emilio, le tendre, le pacifique, le guitarrista qui s’entend si bien avec la jeune sœur, Mercedes qui a le « duende », ce petit démon intérieur qui s’agite et qui en fait une virtuose  du  flamenco qui va  rencontrer un beau « gitano  guitarrista » avec lequel elle dansera…

Mais hélas, dès 1931 l’Espagne est la proie de tensions qui, s’exacerbant, vont se muer en cette terrible guerre civile opposant les nationalistes aux républicains.

On peut avoir lu ou vu des documentaires sur la question, on peut avoir fait une fac d’espagnol et avoir étudié la question, on peut avoir entendu des bribes de conversation à ce sujet par des espagnols qui très souvent préfèrent oublier cette période cruelle de leur vie, cela fait froid dans le dos et suscite une grande compassion, mais lire ce livre et suivre l’évolution d’un famille en s’étant attaché aux personnages ( l’auteure a bien su décrire chacun avec ses qualité et ses défauts, permettant au lecteur d’apprécier  ou non à chacun des membres de la famille) m’a vraiment aidée à réaliser ce que fut cette guerre durant laquelle des familles se déchirèrent, soit par la perte des êtres aimés, torturés, tués dans les bombardements, ayant subi toutes les cruautés possibles. 

Quoi de pire qu’un pays en guerre contre lui-même, comment peut-on pardonner à ces tortionnaires soutenus par l’Eglise les exactions commises pour obtenir le pouvoir ? cette histoire m’a fait trembler d’effroi et je n’ai pu m’empêcher de me mettre dans la peau de Concha, la mère qui endurera les pire souffrances morales.


J’ai beaucoup aimé le dénouement c’est tout ce que j’en dirai… Au lecteur de découvrir ce récit extrêmement bien ficelés qui nous réserve bien des surprises.

samedi 29 juillet 2017

Le lecteur de cadavres


Antonio Garrido
Ed Grasset, 
Ed livre de poche.


  Les premiers qualificatifs qui me sont venus à l’esprit, après avoir refermé (à regret) cet immense roman, sont destinés à Antonio Garrido qui mérite amplement le succès remporté par ce roman, à en juger par les excellentes critiques qu’il a reçues à juste titre. 

Tout au long du récit, je me suis sentie admirative du travail de documentation effectué par l’auteur, toutefois je ne réalisai pas encore l’étendue de ce travail avant de parcourir les notes de l’auteur à ce sujet : documentation extrêmement poussée sur les écrits de l’époque,  explication des noms, prénoms des personnages, situation historique de la Chine menacée d’invasion par les Jins, inventions, particulièrement une, dont je ne dévoilerai aucunement le nom, vie quotidienne dans les différentes couches sociales de l’époque, protocole et étiquette à la cour de l’empereur, respect dans la vie quotidienne, des préceptes de Confucius … 

Mais le plus intéressant c’est que ce roman a été bâti d’après la vie de Song Cí, premier médecin légiste, auteur du Xi Yuan Ji Lu publié en 1247 traduit dans plusieurs langues et qui serviront de base à Antonio Garrido.

J’ai beaucoup appris tout au long de ce parcours sur ce personnage dont je suis devenue l’ombre pendant quelques jours, héros qui semble s’être élevé seul, qui perd ses parents, sa famille, progressant dans un environnement pratiquement toujours hostile, devant se battre pour simplement survivre, ne cherchant jamais la facilité,  ce jusqu’à la dernière page et qui se sort de situations extrêmes grâce à une malice, une intelligence hors du commun, beaucoup de persévérance, de l'amour propre, qualités  qui le rendent bien attachant et vous accroche à son histoire jusqu’au dénouement, même si parfois, il s’est avéré nécessaire d’avoir le cœur bien accroché, pas obligatoirement lors des autopsies en ce qui me concerne,  mais surtout lors de la description de certaines tortures dont les chinois semblaient connaître les secrets et que personnellement,  je refuse souvent d'imaginer.

Les personnages, nombreux, présentent un grand intérêt : généreux ou avares, intéressés ou altruistes, fourbes ou droits, ils ne font par leurs agissements que mettre en avant les qualités de Cí. Ce qui épice encore le récit, c’est qu’un même personnage peut se montrer successivement bienveillant, puis devenir un monstre et inversement, mettant en éveil la pensée du lecteur, (il m’est même arrivé d’essayer de comprendre ou de deviner le cheminement d’un personnage en dehors de la lecture).

décrivant dans un premier temps le parcours semé d'embûches et de dangers de toutes sortes d'un jeune homme sans défense, seul au monde, le roman devient par la suite un thriller historique passionnant regorgeant de suspense et de rebondissements que 
j' ai hésité à lire parce que je n’ai pas vraiment apprécié La scribe du même auteur (voir critique), et puis j’ai décidé de lui donner une chance, je ne le regrette pas, ce roman fera partie des meilleurs récits lus cette année. Je vous le recommande. Et merci à l’auteur pour ces recherches et ces années de travail qui ont donné naissance à un roman historique abouti et passionnant.

jeudi 20 juillet 2017

Tout un été sans Facebook


Romain Puértolas
Ed Le dilettante.

Connaissez-vous Agatha Crispies (Oui j’ai bien écrit Crispies), la célèbre détective sévissant à New-York York Colorado ? Et là, fort surpris(e), vous me demandez :
-       « il y a un New York dans le Colorado » ?  Et je vous demande en retour :
-       "il y a un  New York sur côte Est ? » moi, qui sors tout émoustillée par la lecture de ce roman hilarant (si toutefois, on accroche à cet humour qui passe ou qui casse).

Ce New York, celui dont j’ai fait connaissance il y a maintenant 370 pages, est à ne pas manquer avec ses cent-cinquante âmes, ses cent-quatre-vingt-dix-huit  ronds-points, ses écureuils radioactifs et sa célèbre entreprise, « Trou Divin », fournisseur officiel de donuts (à ne pas confondre avec un autre établissement du même nom mentionné dans le livre et que la morale m'interdit de citer et aussi parce que vous le découvrirez), fournisseur donc, du poste de police le plus original de ce coin perdu au milieu de nulle part, où règne un dangereux multirécidiviste qui grille allègrement l’unique feu rouge de la ville, où les policiers, laissant courir les dealers d’Aspégic et de Guronsan, s’adonnent au plaisir du tricot, du sudoku, des fléchettes ( attention, il faut aimer la bière et savoir  roter pour participer à cette activité) ou font partie du plus grand et du meilleur club de lecture de New York, Colorado.

C’est dans ce décor de rêve qu’évolue notre héroïne, qui tient sa place dans tous les sens du terme, avec ses seins touchent la Californie, tandis que son postérieur fricote avec le New Jersey. Il faut dire qu’Agatha Crispies, incontestablement d’origine africaine, se nourrit exclusivement ou presque, de donuts au chocolat dont elle éparpillé les miettes sur les lieux des crimes qu’elle doit élucider afin de quitter New York Colorado où il n’y a pas de réseau, par d’internet, donc pas de Facebook, ni personne à tuer à part le temps, pour retourner vivre à New York, New York, le vrai, celui de la côte Est.

J’ai dévoré ce roman, certainement pas en raison de son insoutenable suspense, l’intrigue me paraissant dépourvue  de tout intérêt, mais bien accrochée à cet humour souvent absurde mais ô combien délicieux, à se demander où Romain Puértolas a pu aller dégoter ces idées ! 

Mais il n n'y a pas que cet humour  dans l’histoire, on y retrouve bien des clins d’œil à de célèbres romans, des passages entiers dédiés à des œuvres maîtresses de la littérature française et américaine, voire espagnole, anglaise et j’en passe, ( il faut reconnaître qu’Agatha est maître dans l’art de décortiquer les œuvres à défaut d’élucider les mystères concernant les meurtres), des réflexions sur le racisme, des passages qui interpellent les lecteurs de polars sur la différence entre les polars des séries et la vraie vie, des aspects de la pratique policière auxquels on n’avait pas pensé ( je crois que je serai désormais plus attentive à la façon dont les héros menottent les délinquants, au vocabulaire employé en parlant d’une arme et  aux petits détails amusants mentionnés tout au long du récit.

En résumé je me suis bien éclatée et, moi qui ai tendance à me débarrasser des livres lorsque je les ai lus, et particulièrement des policiers parce que j’en connais désormais la fin, je vais garder précieusement celui-là pour le relire, histoire de passer encore de bons moments. 
C’est dire : j’ai eu envie de me rationner : pas plus de cinq pages par jour pour faire durer le plaisir. Et puis finalement, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller m'y réfugier dès que l’occasion s’en est présentée !

Je ne connaissais pas Puértolas, mais je compte bien combler cette lacune en lisant ses autres romans.

lundi 17 juillet 2017




Le siècle - Tome 1
La chute des géants.

 Ken Follet
Ed livre de Poche
Ed Robert Laffont


Bel exposé sur la première guerre mondiale, et je dirais même celui qui me manquait. Comme nombre étudiants, j’y avais eu droit durant mon année de troisième ainsi que mon année de terminale, cours dispensé de façon assez imbuvable à coup de stencils monochromes mentionnant des mouvements de troupes qui ne représentaient rien pour moi, et je ne parle pas de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand qui était officiellement la cause de cette guerre meurtrière, bien mis en évidence par les profs, sans pour autant détailler les étapes qui menèrent de sa mort à la guerre entre toutes ces nations.



Merci donc Monsieur Follet, écrivain et historien de génie de nous avoir offert la connaissance  de cette partie sombre de l’histoire de façon romancée et beaucoup plus limpide, pas seulement vécue par nous les français, mais aussi du point de vue des américains, des Allemands, des Anglais, et des russes (qui ont rapidement eu d’autres chats à fouetter).



 Les personnages me semblent habilement choisis parmi différents couches de la société de l’époque, offrant au lecteur un panel intéressant qui permet de comprendre les coulisses de la guerre et la façon dont elle fut vécue par les groupes humains : diplomates de tous bords, Allemands, Américains, Anglais aux intérêts convergents ou pas et qui tenaient une partie de la planète entre leurs mains, et qui amènent le lecteur  à considérer le côté absurde de la guerre : des amours impossibles, des amitiés mises en veilleuse, des combats menés en douce pour défendre quelques arpents de terre, des soldats qui se retrouvent sur le front, tuant peut-être leur ami en face, et qui sympathiseront le temps d’une trêve de Noël (cf citation).



À la lecture de ce roman, je me suis questionnée longuement : qui avait intérêt à cette guerre ?

Les Autrichiens ? Peut-être… quoiqu’elle fut pour l’empereur devenant sénile, un problème de succession et une éventuelle solution à l’inimitié envers les Serbes… les Allemands qui prirent à l’époque cet incident diplomatique comme prétexte à une déclaration de guerre à leurs voisins russes et français qui s’étaient mis à mobiliser et l’on assiste alors à un jeu de dominos entraînant la moitié de la planète dans un conflit des plus meurtriers. Ken Follet  a très bien su développer cet aspect et montrer qu’au dernier domino tombé, on ne sait plus pourquoi on combattait si ce n’est pour amener l’Allemagne après une maigre tentative de paix,  a une défaite tant stratégique qu’ économique qui laisse présager le tome suivant, mise en cause des juifs, volonté de revanche…cette lecture m’a vraiment donné le goût de réapprendre l’histoire, si sombre soit elle.



Les personnages ont été choisis avec soin pour  ce qu’ils représentent et parmi différentes catégories sociales : une famille, la famille Williams,  dans le secteur minier du pays de galles, un père défenseur de la cause et des intérêts des mineurs, une fille élevée en ce sens et qui aura un parcours des plus intéressants, un fils qui partira sur le front, nous livrant les détails de la bataille de la somme, un Américain, proche du président Wilson, au rôle un peu confus, à la fois diplomate, espion, ayant des relations en Europe, la famille Von Ulrich famille de diplomates qui semblent tenir le destin de lEurope entre leurs main, Le comte Fitzherbert, personnage ambigu, hautain ayant ses entrées à la chambre des lords, prêt à tout pour défendre ses intérêts, Grigori et Lev Pechkov qui tour à tour, apportent respectivement des connaissances sur la révolution russe, et sur certains aspects de la politique intérieure des États Unis et sur sa société en ce début de siècle, Lady Maud (sœur du comte) et Ethel William grâce auxquelles on assiste aux actions  des premières suffragettes et au début du combat pour la cause des femmes dans la société machiste de l’époque.



Ken Follet fait habilement entrer en jeu des personnages célèbres : le roi George V, Lloyd Georges, Winston Churchill en précisant en fin de roman, qu’il les a introduit  dans des lieux imaginaires (notamment Ty Gwyn, la luxueuse demeure du comte  Fitzherbert) en s’étant préalablement documenté sur la possibilité pour ces personnages d’avoir effectivement fréquenté ces lieux. Un roman très sérieusement documenté donc et que l’on peut lire pour acquérir des connaissances certaines.



La guerre 14-18 n’étant pas la partie de l’histoire que je préfère, en raison notamment de la difficulté à me remémorer son déroulement, les batailles, les mouvements sur les fronts, je pense que j’apprécierai davantage le deuxième tome sur la seconde guerre mondiale. Je commence déjà à me demander ce que deviendront chacun des personnages auxquels je me suis attachée ou pas, et j’ai envie également d’en connaître plus sur la vaste guerre 39-45 aux facettes multiples et aux problématiques diverses et afin de mieux comprendre les « pourquoi » et les « comment » de ce conflit, surtout les « comment » qui peuvent rester obscurs un certain temps si comme moi, on ne s’est pas vraiment intéressée aux manœuvres diplomatiques et politiques de l’époque.



Je ferai certainement quelques lectures plus récréatives entre temps, car ce tome passionnant fut tout de même un pavé de plus de mille pages d’intrigue, de magouilles politiques et stratégiques qui ne se lisent pas en trois heures !

dimanche 11 juin 2017

  Demain, les chats.


Bernard werber
ed Albin Michel


J’en suis à mon seizième roman de Bernard Werber, et je dois avouer que je ne sais pas ce qui me pousse à en lire encore. Plus d’effet de surprise, et à part une idée assez originale, celle du chat connecté, j’ai trouvé ce roman assez quelconque et sans relief, le savoir relatif et absolu étant dispensé cette fois par le chat Pythagore, ce qui donne l’impression que l’auteur a introduit  des informations dans un roman, sans la petite halte à laquelle nous étions habitués.   Par ailleurs, j'ai trouvé que ce roman était parsemé d’incohérences, (peut-être suis exigeante) : Bastet la chatte est sensée être totalement ignorante, et pourtant elle parvient à nommer pas mal d’éléments, notamment un escalier en colimaçon qu'elle découvre sur son chemin, pas mal pour un chat ignorant.

Bernard Werber s’est certainement servi de connaissances sur les chats et a su  mettre en évidence l’instinct de chasse et les qualités propres au chat  toutefois, il a trop humanisé la gent féline et là, cela m’a vraiment agacée : Bastet décide de faire l’amour, soit, on va imaginer qu’elle est en chaleur, mais non, elle recommence dès que possible certainement au delà de la limite de la durée de chaleur chez le chat et les ébats se convertissent en pratique très humaines, je doute que l’anatomie du chat le permette, et je ne parle pas de l’arrivée au septième ciel de la minette…  où peut-être suis-je trop terre-à-terre !
L’aventure sur fond post-apocalyptique en elle-même fait passer un bon moment de lecture, sais ce roman ne me laissera pas un souvenir inoubliable.

Mettons-le dans nos pal pour le lire sur la plage !

lundi 5 juin 2017


Votre cerveau est extraordinaire


Fabien Olicard
First Editions

Je quitte à l’instant un ouvrage passionnant écrit pas un professionnel de la communication qui partage volontiers son expérience et prodigue d’excellents conseils. 

J’ai refermé ce livre en pensant qu’il avait goût de trop peu, j’aurais encore bien profité de quelques combines supplémentaires pour stimuler ma matière grise, apprendre à observer mes pairs et progresser encore sur le chemin de la communication, mais soyez raisonnables Ptitgateau ! Fabien Olicard a produit une étincelle qui a embrasé votre soif de connaître, à vous de l’entretenir et de faire de nouvelles découvertes.

Fabien Olicard précise bien qu’il ne possède aucun pouvoir si ce n’est celui de se passionner pour le domaine du mental qu’il étudie et exploite. Pour se faire, il se sert de la PNL ou programmation neuro-linguistique que chacun de nous pratique sans le savoir à des degrés divers, certainement de l’analyse transactionnelle et d’une dose hors norme de bon sens, d’intuition d’astuce, de malice.

L’ouvrage est organisé en chapitres permettant de travailler des aspects distincts, tous au service de la communication : un peu de théorie pour commencer, puis des astuces pour développer sa mémoire et se faciliter la vie quotidienne tel que se souvenir des prénoms, retenir des listes, apprendre ses verbes irréguliers anglais, extraire une racine carrée, cubique ou cinquième (ce qui m’a beaucoup amusée et qui m’a fait passer d’agréables moments durant mon week-end).

toutes ces astuces sont non seulement divertissantes, mais elles vous amènent d’abord à une certaine curiosité et vous aident à " sourire intérieurement" pour faciliter votre contact avec autrui, notion développée dans un chapitre dédié au développement personnel. 

Ce dernier chapitre fournit des pistes pour analyser le comportement d'autrui , les  : reconnaître un vrai sourire, détecter un mensonge, observer les micro-expressions de son interlocuteur se placer en harmonie pour mieux communiquer.

je me demande à présent s’il y aura un deuxième tome, c'est possible car l'auteur affirme avoir du sélectionner 50 thémes sur 200 qu'il avait envisagé de proposer, mais pas de soucis, Monsieur Olicard, si ce n’est pas prévu, je continuerai à aller me promener sur votre chaîne You tube pour y glaner des idées intéressantes et m'interesser de plus près à tout ce qui peut faire travailler mon cerveau !


Ne passez pas à côté de ce livre si vous avez envie de vous faire quelques découvertes sur le  mentalisme tel qu’il est défini par l’auteur qui montre bien que chacun de nous peut y parvenir avec un peu de travail puisque votre cerveau est extraordinaire !

samedi 3 juin 2017


Glacé


Bernard Minier
Ed Pocket

Aurais-lu trop de thriller pour ne pas me sentir d’état d’âme particulier à la lecture de "Glacé"  qui contient tous les ingrédients d’un bon roman ? 
Il faut dire que j’ai trouvé le début très long, entre la description du cadre, la mise en place des personnages, l’intrigue naissante parfois confuse : Servaz à cheval (c’est le cas de le dire !) sur histoire d’ados perturbés et qui se voit confier une enquête de plus grande ampleur, ses difficultés familiales… tout cela il faut l’ingurgiter.

Par la suite, certains faits sont introduits sans que le lecteur soit surpris parce que très classiques : l’ADN d’un dangereux criminel sur les lieux de crimes, la fuite d’un individu qui dès le début ne semble pas innocent, l’enquête perso de notre nouvelle psy qui, en toute innocence se met à fouiner.

J’ai malgré tout douté pas mal de l’identité du ou des criminels parce que Bernard Minier a su inclure dans son roman des personnages ambigus à souhait, brouiller les pistes voire amener le lecteur sur des fausse pistes générant quelques rebondissements intéressants.

Toutefois il s’est servi d’élément largement exploités déjà dans les thrillers :
- le policier pas très équilibrés et qui essaie de résoudre ses problèmes psys  mais qui malgré tout possède un pif hors du commun (quoique j’ai eu l’impression que Servaz est parvenu à démasquer le vrai criminel par intuition plus que par analyse des indices).

- les crimes bien gores chers à Granger et bien d’autres auteurs de thrillers,

- Le suspens amené par les coupures de chapitre au bon moment,

- Une sorte de loi du silence autours de suicides en série qui ont eu lieu des années auparavant.

Ma liste n’est certainement pas exhaustive, mais je voulais montrer que ce roman peut contenir tout ce qu’il faut pour captiver le lecteur, et je ne peux m’empêcher de penser qu’il manque un « je ne sais petit quoi en plus" pour en faire un livre dont on ne peut interrompre la lecture jusqu’à la fin. Un sorte de coup de baguette magique final qui donnerait plus de relief aux ingrédients.


Si je ne me suis pas ruée sur mon livre dès que j’avais un moment comme cela peut souvent m’arriver, j’ai malgré tout passé un bon moment de lecture.

samedi 22 avril 2017

La prisonnière




Malika Oufkir, Michèle Fitoussi
ed livre de poche


Une histoire terrible, effroyable, telle est l’histoire de Malika Oufkir, fille du général Oufkir officiellement « suicidé » après une tentative de coup d’Etat contre la personne du roi du Maroc, Hassan II qui assouvit son désir de vengeance en décidant de bannir la famille. 
C’est ainsi que Malika, l’aînée, se retrouve d’abord éloignée de la civilisation, dans le désert, avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, le plus jeune, Abdellatif n’ayant que deux ans. 

Transféré ensuite dans deux autres lieux de détention, dans des conditions que le commun des mortels ne supporterait pas : dormir sur des matelas plein de vermine, au milieu des scorpions et des rats, devoir cuisiner des aliments putrides, guérir comme on peut des maladies, et surtout garder la tête haute et l’esprit clair grâce à une radio soigneusement cachée, à de la marche dans sa cellule, à des astuces en tous genres qui permettent de survivre. 
Et c’est grâce à l’ingéniosité de chacun qu’ils parviendront à s’évader en creusant un tunnel… redécouvrant la liberté, mais à quel prix ? oubliés de la plupart de leurs relations pendant vingt ans, ou ignorés par peur des royales représailles il leur sera bien difficile de revenir à leur vie d’avant. Abdellatif n’a rien vu de cette vie, il refuse même lors de l’évasion, de mettre les pieds sur la route d’asphalte, ne sachant pas de quoi il s’agissait.

Une histoire que je ne suis pas près d’oublier, et qui génère chez moi une grande admiration pour ces héroïnes silencieuses qui souffraient alors que le monde entier ignorait leur situation, et une grande envie de révolte pour ces hommes qui détiennent le pouvoir et en abusent, ces hypocrites capables d’encenser les personnes jusqu’alors détenues parce que les politiques étrangers ont été mobilisés et que l’opinion internationale adressait des regards noirs au  Maroc.


Je salue le courage de Malika Oufkir et sa famille à qui on a volé vingt années de leur vie ! 

mardi 28 mars 2017


L'amie prodigieuse


Elena Ferrante
Ed Folio


Lina et Elena ou l'histoire d'une amitié prodigieuse par la façon dont elle se maintint au long des années d'enfance et d'adolescence, amitié tumultueuse et conditionnée par un environnement pauvre, par une communauté typique de l'Italie du sud de l'époque qui ne demandait qu'à s'épanouir économiquement, une communauté attachée à ses principes, ses valeurs, une société machiste, qui entretient  les jalousies, la violence, les querelles et les inimitiés tenaces perpétuées  par la société dans la société que forme le groupe d'enfants qui deviendra une bande d'adolescents qui, si elle veut croire en un avenir prospère, n'en reflète pas moins la réalité sociale de l'époque.

On constatera d'ailleurs, que les tensions dans ce groupe proviennent de beaucoup plus loin, d'un temps où la génération des parents a connu elle aussi des déchirements liés à l'économie, la guerre, et à entretenu de vieilles querelles.

Pas facile de grandir et d'évoluer pour nos deux héroïnes, l'une bruyante, ardente, mais impuissante à gérer sa vie comme elle l'aurait entendu : Lila, surdouée, faite pour les études, au destin contrarié et Elena discrète qui travaille dans l'ombre pour aller dans ce premier tome, vers on ne sait trop quel avenir, ce que les tomes suivants ne manqueront certainement pas de nous apprendre.

En refermant ce livre, je me sens partagée. J'ai mis du temps à le lire, certainement en raison des longueurs que j'ai souvent ressenties en suivant l'évolution de ces adolescents au comportement d'adolescents, avec leurs soucis d'adolescents, ce qui ne fait pas partie de mes centres d'intérêts, mais je me suis beaucoup attachée au personnage d'Elena, courageuse Helena tout en sensibilité et en questionnement, Elena, témoin silencieux des événements, des injustices, des travers de cette société.

J'ai parfois éprouvé des difficultés à comprendre cette amitié hors du commun de deux filles que tout oppose, depuis les traits de caractère jusqu'aux agissements, amitié ou concurrence ?

Si Helena semble attachée à Lila, il fut à maintes reprises bien difficile d'évaluer les sentiments de Lila en lisant le portrait qu’en fait son amie. C'est sans doute cela l'amitié : désaccords et tolérance mutuels.

Je me suis demandée à maintes reprises jusqu'à la fin de ce premier volet, si j'avais envie de poursuivre en lisant les tomes suivants, et je n'ai plus aucun doute à la lecture des cinq dernières lignes ! Elles laissent entrevoir une suite bien tumultueuse et intéressante et j’ai hâte de savoir ce que deviendront ces personnages.




dimanche 5 mars 2017

Découvrir sa voix.



Michel Hart,
Sylvie Heyvaert.
Ed du Rocher

Voici un ouvrage très complet susceptible d’intéresser toute personne soucieuse de prendre soin de sa voix, de veiller à prendre la parole dans de bonnes conditions, de ménager ses cordes vocales.

Michel Art est acteur, chanteur et professeur de chant, et Sylvie Heyvaert est danseuse et professeur de qi gong, il communique donc généreusement son expérience et elle donne d’excellents conseils à toute personne qui pourrait rencontrer des problèmes de voix.

Très technique, parfois peut-être trop technique, le livre débute par une explication très claire du principe de l’émission d’un son par un instrument de musique et montre que parler ou chanter ne présente pas de différence : toujours une force motrice : le souffle, un vibreur : les cordes vocales, un résonateur : la bouche. 

Les auteurs se livrent ensuite à une description très poussée des éléments qui entrent en jeu lors de la phonation, description très utile pour comprendre comment fonctionne le système vocal chez l’homme et remédier aux éventuelles difficultés dans les professions où la voix est sollicitée. 

Ils proposent des exercices et des tests à faire très intéressants pour découvrir la voix et ses possibilités.

Vient ensuite un exposé sur la voix parlée et les déséquilibres possibles, les problèmes pouvant être rencontrés dans certaines professions, particulièrement les enseignants qui sont amenés à parler beaucoup et travaillent dans un milieu souvent bruyant, un chapitre étant dédié à la voix dans l’enseignement maternel et primaire avec des exercices pour les enseignants, mais aussi pour les enfant  qui doivent apprendre  à gérer leur voix et à la moduler.

 un autre chapitre étant destiné aux professeurs de collège et lycée.

L’ouvrage termine savamment sur la voix chantée, les différences entre le chant traditionnel, l’opéra et d’autres techniques vocales variées.

Ce documentaire est vraiment très intéressant. Je regrette le côté très technique dont je me serais bien passée parce qu’inutile pour comprendre les conseils fournis par les auteurs : savoir que les muscles externes (les crico-thyroïdiens) font basculer le cartilage thyroïde sur le cartilage cricoïde, ce qui provoque l’allongement des cordes vocale ne me fut pas d’un grand secours. C’est sans doute très utile et parlant pour les orthophonistes qui prendront connaissance de ce livre.


Je remercie babélio et les éditions du Rocher pour ce partenariat.